Tout d’abord, je ressens une immense FRUSTRATION. J’ai envie de bien faire mon travail mais souvent je
ne parviens pas à faire aboutir pleinement mes préparations à cause d’un manque
de temps… Vivre avec un « Minidoux-qui-ne-dort-pas », en tout cas pas
avant 21h30 ne facilite pas les choses. Comme la plupart des enseignants, je
travaille parfois tard le soir, souvent les week-ends, toujours pendant les
vacances scolaires et malgré ça j’ai l’impression de ne pas en faire assez. En même
temps, j’ai envie de m’occuper pleinement de mes Doux, ces deux merveilles qui
grandissent si vite.
J’ai envie d’une classe attentive et calme, et, comme je
dois me couler dans l’aménagement des collègues que je remplace, que je ne peux
arriver qu’à 8h le matin, je me heurte à des difficultés matérielles (où est passée cette maudite paire de ciseaux ?)
facteur d’agitation et d’énervement pour tous. J’ai envie de mieux
connaître mes élèves, pour mieux les guider, mais comme j’en ai quand même 55
que je ne vois que 6 heures chaque semaine, certains demeurent une énigme… Je réalise qu’enseigner en école maternelle
requiert quand même pas mal de connaissances (peut-être plus qu’en élémentaire)
que je maîtrise insuffisamment et je rage de devoir bricoler par mes propres
moyens, sans bénéficier d’une formation digne de ce nom. Je ne suis pas une enseignante très expérimentée, j’ai besoin de
prendre du temps pour me poser, réfléchir aux apprentissages, proposer des
activités où l’élève est véritablement amené à réfléchir. En classe, j’ai
parfois l’impression d’être en apnée. Je sens que mes élèves ont besoin de
pouvoir s’entraîner, de consolider les notions que je leur présente parfois au
pas de course, et l’équipe me bouscule par rapport à des dates, date à laquelle
on doit rendre les livrets, date prévues pour donner telle évaluation… J’ai
besoin d’une organisation à la fois souple et rigoureuse, sans laquelle je
crains de ne faire qu’un travail de surface (le « beau livret », le « joli
cahier »…). Je dois sans cesse lutter contre l’érosion de ma motivation et
Dieu que je n’aime pas ça… Un peu de lâcher prise ne me ferait pas de mal.
Je ressens aussi de l’ECOEUREMENT
face au peu considération dont je souffre en tant qu’enseignante. Après des
années de mépris et de dégradation de nos conditions de travail, bosser un jour
de plus sans contrepartie, ça ne passe pas… Je vais devoir payer davantage pour
faire garder les Doux, des jours entiers de crèche pour Mini, des heures et des
repas supplémentaires chez la nounou du Grand, sans garantie que cette dernière
accepte de travailler un jour de plus… Au moins 100€ par mois. Quid des
activités extra-scolaires qui faisaient énormément de bien au Grand Doux et à
laquelle nous devrons peut-être renoncer faute de temps pour l’accompagner ?
De la joie de les retrouver tout les deux le mercredi ? Du recul facilité,
pour ceux qui travaillent à temps plein, ce qui sera mon cas un jour, par ce
jour « off » du milieu de semaine ?
Et voilà qu’on exige que nous travaillions maintenant deux semaines supplémentaires… On nous
promet une concertation, vu comment s’est passée celle sur le mercredi matin,
je n’y crois plus… Pourtant, va-t-on nous indiquer la recette magique pour
travailler dans les classes le 10 juillet, lorsqu’il fera 35° dans nos
préfabriqués ? Le but ne serait pas de permettre aux parents d’économiser
deux semaines de centre aéré ? Sérieusement, ne seraient-ils pas mieux à
la piscine ou en colo à la montagne, un 10 juillet ou un 20 août, nos mômes ?
Deux mois de pause pour rire, s’ennuyer, rencontrer d’autres personnes, chambouler
ses habitudes, est-ce vraiment inutile ? Etre plutôt que de toujours faire ?
On me répondra que tous les enfants n’ont pas cette chance, c’est vrai. A la
collectivité et aux citoyens de se mobiliser pour que tout les enfants puissent
profiter de ces vacances…
On a le sentiment qu’il nous incombe de réparer tous les
travers de la société, et avec le sourire en plus, puisque nous sommes des « privilégiés »…
Pourtant les comparaisons internationales montrent que notre salaire se situe
au plancher (pour ne pas dire à la cave) de ceux distribués dans les pays
riches. Ras le bol.
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Peut-être qu'on pourrait aussi les garder le soir ? Merci à Jack de Danger école... |
Je suis aussi DECOURAGEE
de ne pas avoir un poste fixe : beaucoup de projets auxquels je rêve doivent
rester dans les cartons (formation des élèves sur la gestion de conflits avec
une association qualifiée, aménagement de la classe facilitant l’autonomie...).
A cela s’ajoute L’ANGOISSE, comme chaque année, de trouver en septembre un poste
impossible… Les profs se plaignent tout
le temps c’est vrai, nous ne sommes pas malheureusement la seule profession à
en baver, mais j’aimerai que dirigeants et opinion publique nous écoutent vraiment.
Rage aussi et TRISTESSE
de voir l’indifférence à peine voilée de l’équipe (ou plutôt heureusement d’une
partie de l’équipe) dans laquelle je suis cette année. Sentiment que puisque je
suis à mi-temps et à titre provisoire, mon opinion ne compte pas : on ne me
demande mon avis sur aucune date et lorsque je demande que certains conseils
des maîtres soient organisés mes jours de présence pour que je puisse
facilement y assister, c’est non… Dur.
Comme souvent dans les équipes où je suis passée les
relations sont parfois difficiles. Le
point positif c’est que je m’aperçois de la répétition de certaines situations
et me rends compte, pour faire court, que mon manque de confiance en moi et ma
peur du jugement des autres n’y sont pas étrangers. J’ai envie que les autres
adultes m’acceptent, moi quoi suis sans doute différente, vu ma formation ma
personnalité et mon parcours pas très classique, mais je n’ai ni la capacité ni
l’envie de me couler dans le moule de la parfaite instit’, en bref j’ai encore du mal à m’affirmer. Cette année,
j’ai des relations très difficiles avec une des ATSEM dont certaines valeurs et
façons de faire sont à l’opposé des miennes. Cela me chagrine, mais ça ne me
démonte plus. J’ai même réussi à lui proposer d’en parler sereinement : bref,
je progresse et j’en suis plutôt CONTENTE.
Je suis plutôt satisfaite aussi des progrès que j’ai pu
faire dans l’écoute des élèves.
Déjà, j’ai banni les « ne pleure plus », « tu n’as pas mal »…
A un gamin qui pleure le matin, je ne dis plus « arrête de pleurer et de faire des
caprices » mais plutôt un truc du genre « je
vois que c’est difficile de quitter ta maman pour venir à l’école ». Ce n’est pas forcément pour ça
que le gamin va cesser ses pleurs (même si ça « marche » souvent), d’ailleurs
ce n’est pas mon but, qui est plutôt de témoigner d’une bienveillance et d’une
autre manière de faire. Consciente du risque de les enfermer dans un rôle, je ne donne -presque- plus d’étiquettes, je pratique –parfois-
le compliment descriptif- au lieu de
l’habituel « Très joli, très bien ». J’ai mis la pédale douce sur les
sermons et les punitions, ce qui n’exclut pas quelques « remontages de bretelles ». Je
suis assez FIERE de cela. Quand je
parle aux parents, l’exercice demeure périlleux mais j’essaye d’expliquer des faits
sans exprimer de jugements sur leur enfant… ça ne veut pas dire qu’il n’y aura
plus jamais de clash (et c’est dur de faire avec cette incertitude quand je
sais que des collègues se font menacer de la pire manière). Mais je me rends
compte que, petit à petit, je vois d’une manière différente, et bien plus
positive, le public avec lequel je bosse. En particulier, je suis TOUCHEE de la confiance que certains me
témoignent. Confiance des parents qui me laissent leur enfant le matin, et je
sais d’expérience à quel point c’est difficile.
Confiance des enfants qui viennent me voir lorsqu’ils ont un problème
sans (trop) de crainte de se faire rembarrer. Je suis aussi RAVIE de mes petites réussites
pédagogiques, d’une séance de musique nickel-chrome, de la qualité d’écoute lors
de certains regroupements, de la compréhension de la quasi-totalité de la
classe sur certains points, de l’intérêt que manifestent les élèves envers
certaines activités, en particulier de leur soif d’histoires et de livres.
Voilà j’ai vidé mon sac, dans un billet plus personnel, mais
que j’ai besoin d’écrire et de publier. Enfin, sur ma route, je commence à
entrevoir que certaines difficultés pédagogiques, « disciplinaires »
ou relationnelles ne sont pas que des obstacles, mais qu’elles sont aussi une
occasion de progresser, en un mot une chance. Un changement de regard. Un long
chemin aussi à entreprendre.
EDIT du 1er mars : Dans l'esprit de mes propos sur l'écoute, je viens de publier un commentaire des habiletés Faber et Mazlish concernant les relations parents/profs, je vous invite à le lire sur le blog collectif des Vendredis intellos
EDIT du 1er mars : Dans l'esprit de mes propos sur l'écoute, je viens de publier un commentaire des habiletés Faber et Mazlish concernant les relations parents/profs, je vous invite à le lire sur le blog collectif des Vendredis intellos
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Hommage à Stéphane Hessel chipé aussi sur le blog Danger Ecole un peu hors-sujet, quoique, mais je ne peux pas résister ;) |